mardi 15 avril 2014

Noyer son clavier dans son jus de stress


J’ai une propension un peu malsaine à l’excès dans la majorité des sphères de mon existence quand je prends goût à quelque chose, genre en écoutant le nouveau hit d’Éric Lapointe 72 fois en ligne, où en me nourrissant exclusivement de la bouffe du nouveau Thai Zone du coin. Ça a commencé jeune, cette tendance, quand j’y pense. Vers l’âge de cinq ans, j’ai découvert les Backstreet Boys et le sens du mot plénitude par la même occasion. J’aimais Nick Carter d’un amour inconditionnel, et ça tombait bien parce que c’était full réciproque. Mes parents ont compris que j’était un peu dérangée le jour où j’ai piqué une crise parce qu’ils avaient demandé à Geneviève de venir me garder. Au lieu de Nick Carter, tsé.

En 6e année, j’ai eu à passer des radiographies, et mon médecin m’a dit que c’était cancérigène. Ma première pensée n’a pas été genre « J’espère ne plus jamais repasser de radiographies » mais bien « Ouin mais si je pogne le cancer, peut-être que Simple Plan viendrait me visiter à l’hôpital. »

Je me suis calmée là. J’ai commencé à écrire, à faire de la promotion pour mes livres et à rencontrer des vedettes pour réaliser que ce sont des gens normaux et pour la plupart, très accessibles. J’ai donc continué d’admirer beaucoup de gens, mais pas d’idolâtrer comme j’idolâtrais Nick Carter. On a rompu d’ailleurs. Il trouvait que j'avais pas assez de temps à lui accorder.

J’étais assez confortable dans mon équilibre de normalité, mais ça pouvait évidemment pas durer. Ça m’a pris, un soir en janvier dernier où j’errais sur les interwebs sans but concret. Je lisais un article sur le blog Les Populaires. Ça a commencé par des sueurs froides, puis des tremblements. Mes yeux se sont révulsés et j’ai poussé des cris de passion, l’esprit en transe. Qu’est-ce qui m’arrivait donc? Fallait pas chercher trop loin, je me suis vite rendue à l’évidence que « J’idolâtre, calvâsse. »

Il s’appelle Lessard, Joshua de son prénom.

J’ai écrit toute cette longue prémisse pour me donner une contenance parce que j’suis trop gênée dans l’dash pour ces affaires-là, mais si je plonge dans le vif du sujet, ça ressemblerait sûrement à de quoi comme :

Cher Joshua,

Mon nom c’est Alexandra Larochelle, j’ai Facebook et un numéro de téléphone privé disponible sur demande. Je t’idolâtre, mais pas comme Nick Carter parce que je gère un peu mieux ma folie qu’avant. J’ai essayé de te stalker sur Facebook mais je t’ai pas trouvé pis ça m’a remplie d’angoisse à l’idée que je pourrais jamais te faire ma déclaration. J’ai lu tous tes articles, donc je sais que t’as une copine et c’est chill parce que c’est pas comme avec Nick Carter j’ai dit. Je profite de ma micro-tribune ici pour te dire que tu me fais rire aux larmes pis que même si je penserais pas que mes parents t’appellent pour que tu viennes me garder et que je n’ai pas non plus l’excuse d’être en phase terminale, j’aimerais vraiment ça rire avec toi en personne.

Fak c’est ça, je me lance avant de noyer mon clavier dans mon jus de stress.

JOSHUA-LESSARD-VEUX-TU-ALLER-PRENDRE-UN-CAFÉ-AVEC-MOI?

Oufçayestjel’aiditbye.

mardi 1 avril 2014

Quand la toilette se transforme en geyser


Être un enfant, c’est traumatisant as shit quand on y pense. La vie te garroche plein d’information nouvelle et essentielle à ta survie en pleine face, pis t’as clairement pas le bagage d’expérience suffisant pour bien gérer tout ça. Va pas au soleil, tu vas pogner le cancer. Bois pas l’eau du boyau, tu vas mourir au bout de ta diarrhée. Mange pas les bonbons du monsieur en trenchcoat, ça se pourrait qu’il te confisque tes organes sexuels. Traverse pas la rue, toutes les voitures qui passent n’existent que dans l’unique but de t’enlever la vie. Pis toi t’es juste là « Man, j’ai 4 ans, j’peux-tu juste manger de la terre comme bon me semble? »

Moi j’ai accumulé 99% de mes rares traumatismes de vie entre l’âge de 0 et 5 ans. Ce qui arrive avec les traumatismes d’enfance, c’est que ça reste longtemps pis des fois tout le temps. Des fois tu penses que c’est fini pis PACLOW, ça te pète dans face avant que tu le vois venir.

Je raconte tout ça parce que moi, hier, j’ai été faire un petit pipi au centre commercial.

Un des pires traumatismes que j’ai eu quand j’étais enfant est survenu un jour où je faisais un petit pipi chez moi, vers l’âge de quatre ans. Ma mère m’a surprise à utiliser beaucoup de papier de toilette et m’a mise en garde que « Attention, la toilette pourrait déborder. »

Et c’est ainsi que j’ai appris qu’une toilette POUVAIT déborder. Mais tsé, on m’a pas amené le sujet très délicatement tel que l’aurait mérité la petite fille sensible que j’étais. On m’a lancé ça net frette sec de même : une toilette, ça peut déborder. Sans plus de précision. De telle sorte que pendant peut-être une année complète, j’ai cru que si je dépassais une certaine quantité abstraite de papier, la cuvette se transformerait en geyser.

L’image me hantait chaque fois que j’avais affaire à une chasse d’eau, si bien que pendant cette année qui a suivi, j’ « oubliais » le plus souvent possible de flusher et quand je le faisais, c’était du bout des doigts avant de m’enfuir en courant.

Ma mère a fini par me demander c’était quoi mon cristie de problème tsé. Quand je lui ai expliqué, elle m’a dit de ne pas m’en faire, que ça prenait beaucoup de papier pour que ça déborde et que de toute façon, ça faisait un drôle de bruit juste avant.

Pendant les mois qui ont suivi, donc, j’y allais au son. Je sais pas c’était quoi ton opinion là-dessus toi, mais moi je trouvais les toilettes publiques en général pas mal bruyantes au moment de la flush et ça ressemblait pas mal à l’idée que je me faisais du bruit bizarre que pourrait faire une toilette juste avant de se transformer en volcan.

Ma relation avec les toilettes publiques est restée tendue pendant une couple d’années, mais j’ai réussi à me dompter. J’ai même été témoin de débordements de toilettes et ça s’est quand même bien passé.

Je disais donc qu’hier, j’ai été faire un petit pipi au centre commercial. Les toilettes étaient différentes de la dernière fois où j’y étais allée. Le bruit de la flush aussi. Un petit peu plus sonore, mettons.

Cette histoire que je viens de raconter était morte et enterrée dans ma mémoire jusque là. Jusqu’à ce que je flush et que je me demande c’était quoi ce petit inconfort en dedans.

Parce que moi je peux partir sur un nowhere sans inquiétude, me perdre la nuit en pleine forêt sans broncher ou faire de l’escalade en ayant le vertige.

Mais reste que je m’appelle Alexandra, j’ai 20 ans, et j’aime pas les toilettes bruyantes.

mercredi 19 mars 2014

Quand je serai grande, je serai adulte


Quand j’étais enfant, j’avais hâte d’avoir 18 ans pour pouvoir m’approprier des expressions de vieux. Être autorisée à dire qu’ « on peut se parler comme des adultes ». Référer aux adolescents en tant que « les jeunes ».  Trouver du plaisir dans les conversations de prêts hypothécaires et d’assurance-vie. Avoir des seins.

J’ai eu 18 ans le 5 mai 2011, mais rien de tout ça ne s’est réalisé. J’ai songé que la livraison était peut-être un peu en retard et que la grande transformation s’effectuerait sûrement à 20 ans. Le 5 mai 2013, j’ai essayé de référer à moi-même en tant qu’ « adulte » et j’ai vomi un peu dans ma bouche. On m’appelait encore « la p’tite ». Il me semble avoir eu une conversation sur la non-légitimité des nouvelles générations de Pokémon (j'veux dire, tout le monde sait qu'il y en a que 150, right?). J’ai continué à flotter dans mon 32B.

J’suis pas une adulte. Le jour où la rationalité des adultes est passée, j’étais sûrement en train de faire évoluer mon Pikachu. J’ai le goût de donner un exemple, qui se trouve à être en fait le sujet principal de ce texte, mais je savais pas comment l’introduire autrement, parce que moi le sujet amené-posé-divisé je trouve ça très overrated.

Un soir, vers 13-14 ans, j’ai accumulé du gros vécu.

J’étais avec mon amie Stéphanie et on arrivait chez elle. Une des voitures était dans son entrée, la porte était débarrée et on entendait des gens parler tout bas dans le salon. On s’est installée dans sa chambre et elle est sortie pour aller aux toilettes. Elle a refermé la porte de la chambre derrière elle, me laissant seule avec le chien. Je l’entendais bouger dans la salle de bain, en même temps que quelqu’un passait de l’autre côté de la porte de sa chambre. Le chien a levé la tête. Steph est revenue de la toilette et voulait demander à son père de nous faire un lift. Elle a crié son nom mais personne a répondu. On a fait le tour de la maison, vide. On a appelé le cellulaire de son père. Il était au hockey avec toute la famille. What. The. Fuck.

Je sais pas comment on a réussi à quand même s’installer devant la télévision. Mais je sais en sacrement comment j’ai réussi à bondir du divan et à me retrouver dehors avant même de m’en rendre compte quand j’ai entendu trois gros BOOM à l’étage. Steph voulait qu’on rentre chercher son chien. Je voulais rien savoir de retourner volontairement vers ma mort, mais on a fini par entrouvrir la porte pour appeler le pitou, au même moment où la porte patio claquait, et quelques secondes plus tard, on entendait des outils tomber dans le fond de la cours.

Y’a pas eu de bris ni de vol. Si t’en parles à Steph aujourd’hui, elle va rire et dire qu’on a fait une histoire avec rien. Moi je sais ce que j’ai entendu. Et être dans une maison où y’a un intrus, ça a de quoi marquer à vie n’importe quelle p’tite fille de 13-14 ans.

Un soir, la semaine passée, j’étais seule chez moi avec mon chien. J’écoutais la télévision quand y’a eu de drôles de bruits au 2e étage. Le chien a bondi à côté de moi pour aller se poster devant les escaliers en jappant et en grognant. Toi, t’aurais pensé à la fois où t’étais dans une maison où y’avait un intrus. Moi j’ai pensé à la p’tite fille morte dans Le Cercle.

J’suis pas une adulte. Le jour où la rationalité des adultes est passée, j’étais sûrement en train de faire évoluer mon Pikachu.

mardi 11 mars 2014

Les premières fois que je réécrirais

Ma vie est un film. Un film de filles où le téléphone sonne juste avant un premier baiser. Une comédie clichée où la musique arrête au moment où je crie de quoi de vraiment gênant. Un thriller à petit budget qui se passe toute à l’hôpital. Un mélodrame où chaque fois que je vis un grand moment, la vie trouve un moyen de me scrapper ça à grands coups de fuck my life. Voici, en ordre chronologique, le top 10 des grands moments scrap de ma vie.


FML #1. J’ai compris que j’étais prédestinée à une série de grands moments scrap le 5 mai 1993 dernier. Ma naissance a probablement été le moment le moins glorieux de ma vie. Je suis née bleue et de sucroît, n’ayons pas peur des mots, dans un tas de marde. Shit happens.

FML #2. La première fois où j’ai fait une déclaration d’amour au primaire, remplie de passion, d’espoir et d’étoiles dans les yeux. J’ai fait un p’tit saut quand le gars a vomi.

FML #3. Mon premier slow à vie à 11 ans où mon partenaire a fixé la chix sur qui il trippait qui frenchait le mec sur qui je trippais tout le long. Tsé le genre de scénario pas awkward du tout dans l’ensemble.

FML #4. La fois où un gars m’a pris la main pour la première fois à 14 ans. Je l’aimais. C’était beau et doux. Tellement que j’suis partie à brailler drette là. Y paraît que je mets le monde à l’aise, dans vie.

FML #5. Mon premier baiser à 15 ans, où j’ai empêché le gars de mettre la langue parce que je voulais « prendre mon temps dans la relation ». J’ai marqué le 22 novembre 2008 dans mon agenda scolaire de la mention « A night to remember ». Parce que j’étais cute et bilingue comme ça.

FML #6. La première fois où je suis sortie dans un bar à 16 ans. Je me sentais comme dans Gossip Girl version Ozone Laurier. J’ai refusé que l’homme de ma vie me paye un verre parce que j’avais « déjà pris une bière et qu’il faudrait pas que je rentre saoule chez moi pis ta yeule j’ai tellement 18 ans t’as trop pas rap’ ».

FML #7. LA fameuse première fois. Beaucoup d’amour et de tendresse. Sur un matelas recouvert d’une serviette de plage que ma mère m’avait aidée à installer le jour-même pour éviter de le tacher de sang tsé-j’suis-genre-full-à-l’aise-de-raconter-ça-j’me-demande-vraiment-pourquoi-j’le-dis-en-fait.

FML #8. Le lendemain de cette fois-là où c’était ma remise de diplôme du secondaire. Porter la toge, le mortier et me faire appeler par mon nom pour clôturer en grandes pompes cinq belles années qui allaient me manquer. Avec une gigantesque sucette dans le cou.

FML #9. Ma première journée de Cégep où je me sentais enfin comme une personne à part entière maintenant que j’avais terminé mon éducation de base. Et où j’ai attendu mon autobus direct pendant 1h30 du mauvais bord de la rue, pour finalement me résigner à téter un lift à papa en tant que personne à part soudainement moins entière. Je dirai pas que j’ai fait ça trois jours de suite avant de comprendre le système voulant que l’autobus te dépose d’un côté et te ramasse de l’autre, parce que ça contribuerait pas full à mon capital de coolitude, right?

FML #10. La fois où je suis partie seule en voyage. L’accomplissement d’un rêve depuis plusieurs années. Le sentiment d’être invincible et prête à tout découvrir. Crise d’hypoglycémie dans l’avion. Black out. Me réveiller dans les bras d’un agent de bord qui m’a attrapée en plein vol plané vers mon crash corporel. « Salut, j’ai faim et je prendrais mon souper là-là. »

J’ai arrêté de vivre des grands moments ce jour-là parce que tout compte fait, les grands moments c’est de la marde.

lundi 24 février 2014

"It's ok, we all have hard sex every night anyway."

Isabelle et moi, insouciantes de la upcoming marde.
En 2013, alors que j’étais encore fringante et frivole du haut de mes 19 ans, j’ai pris conscience que la prochaine grande étape pour moi serait le cap de la vingtaine, ce qui voulait dire que j’allais pénétrer dans la plus belle phase de ma vie, pis c’est le genre d’étape qui est l’fun à avoir loin devant soi, parce que ça signifie qu’après cette décennie, la vie devient comme une longue période réfractaire post-orgasmique, pis c’est pas tant nice comme image des 70 années ultérieures. Je me suis dit que la dernière chose que j’allais vouloir sur mon lit de mort, c’est un vague souvenir d’avoir frôlé cet orgasme qu’est la vingtaine et que les préliminaires devaient donc s’achever là-là.

5 mois plus tard, je traînais mon backpack en Europe avec Étienne et Isabelle, deux potes de longue date. On a décidé d’y aller ben freestyle, de planifier au jour le jour et de ne faire aucune réservation d’avance parce que les préliminaires sont finis j’ai dit. On est arrivé un après-midi à San Sebastian, une petite ville dont tu passes d’une extrémité à l’autre en 45 minutes à pieds, en Espagne. On a trouvé l’office touristique et on a demandé une chambre dans l’auberge la plus centrale, la plus jeune et la plus cheap.

On a commencé par tracer une croix sur la centralité de notre futur logis quand on a pris notre deuxième autobus pour s’y rendre. Mais bon, vu la superficie de la ville, on allait pas hyperventiler pour une trentaine de minutes de marche. On a toutefois entrepris de déchanter pour de vrai quand on a constaté que la porte de l’auberge était en fait un passage vers un autre monde où la vie est un perpétuel party de tricot de l’âge d’or. L’âge qui dort. On s’est officiellement fait révoquer le droit à notre jeunesse en apprenant l’existence du couvre-feu à 2h du matin, dans cette ville où les festivités commencent à peine à slacker vers 6h. On a voulu prendre possession de la chambre qu’on avait réservée, mais on s’est heurté à la chasteté d’un réceptionniste unilingue-pas-d’une-langue-qu’on-parle qui tentait désespérément de nous faire comprendre que le lit double de notre chambre était à l’usage exclusif des gens dont l'état matrimonial leur autorise l’échange de fluides corporels. On l’a convaincu de nous donner notre clé à grands coups de « it’s ok, we all have hard sex every night anyway ».

On a vécu notre première soirée espagnole ce soir-là. Étienne est parti se coucher avant le couvre-feu. Isabelle et moi on a décidé que l’âge qui dort se réveillerait à notre retour cette nuit-là, parce qu’on avait pas l’intention de couvrir aucun feu. J’ai mangé des tapas comme si ma vie en dépendait, j’ai dansé comme si personne me regardait, j’ai bu des kalimotxos comme si mon foie s’en crissait, j’ai frenché en espagnol comme si je comprenais et j’suis partie à 5h30 parce que c’était ben assez là.

On est sortie du club en titubant de fatigue et de kalimotxos, sous un ciel qui nous tombait allègrement sur la tête. On a atteint la terre du troisième âge à la nage sous la pire averse du monde. Devant la porte barrée à l’épreuve des petites jeunesses frivoles que nous étions, on a eu l’idée de FaceTimer Étienne pour qu’il vienne nous ouvrir, mais le mur qui nous séparait du monde des dormeurs nous refusait tout accès à Internet. Désespérées que nous étions, nous sommes allées jusqu'à procéder à un petit interurbain à Québec pour demander à un ami de FaceTimer Étienne, qui était apparemment beaucoup trop absorbé dans son party de l'âge qui dort pour se soucier du reste du monde.

C’est à ce moment que surgirent trois amas de testostérones français apparemment très motivés à former une alliance France-Québec dans leur chambre pour le reste de la nuit. Tandis qu’ils tentaient de nous vendre leurs vertus coups de bassin, je m’affairais à mettre en pratique cette technique que m’ont appris mes dures années de thug life dans les rues de Cap-Rouge : la bobépine dans serrure.

Deux défuntes bobépines et une pneumonie plus tard, je me suis rendue à l’évidence que ma carrière de break in était prodigieusement mal partie et la seule option qui nous restait, outre remettre notre hymen aux bons soins de la France sous la pluie battante, était de varger sur la porte jusqu’à réveiller l’âge qui dort afin qu’ils incluent à leur party deux membres de l’âge qui souhaiterait dormir. Au bout de 45 minutes, notre salut s’est dessiné dans le hall en boxer et pantoufles. Le réceptionniste chaste. Chastement fâché dans une langue qu’on parle pas. Obscènement attendri par nos yeux du chat dans Shrek.

« Girls, ok. Boys, outside. »

On a dit adieu à nos potentiels lifts vers le 7e ciel tandis que la porte se refermait sur le monde des gens qui ne dormiront jamais. Je me suis glissée dans mon sleeping en grelotant et en songeant que je m’appelle Alexandra, j’ai 20 ans et ma vie est un orgasme.

mardi 18 février 2014

Tartare de poulet farci pour les mamies


Il est 2h du matin pis je dors pas mais c’est vraiment pas ça le punch de l’histoire. C’est pas un fait vraiment digne d’intérêt, parce que depuis que je vole de mes propres ailes en terme de gestion de mes nuits, j’ai un horaire de sommeil qui choque beaucoup de mamies pis j’aime ça. Mais aujourd’hui je m’étais dit que j’avais envie de me réconcilier avec les mamies fâchées et me coucher tôt.

Comme ma passion est de ne tenir aucune de mes résolutions, juste avant de me coucher à minuit, j’ai eu le goût d’une petite portion de poulet farci. C’était exactement comme toi, quand il te prend la brusque envie d’une petite portion de poulet farci à une heure indécente, you know how it is. Il paraît que c’était une décision irréfléchie mais je n’ai d’estime assez élevée envers l’opinion de personne pour lui laisser me dicter l’heure à laquelle consommer ma petite portion de poulet farci. J’ai donc fait cuire mon snack juste assez longtemps pour que mon absence de notion du temps s’entende avec le lac dans ma bouche pour trouver ça raisonnable et je l’ai englouti en songeant avec brûlante passion que chaque bouchée était une aventure follement excitante dans le monde du fromage fondu, des épinards et des caquètements de bonheur de tous ces petits poulets heureux de savoir que leur vie s’achèvera dans un bain de sang au profit de moi-même et mes plaisirs gustatifs pis fuck man, du poulet cuit c’est pas supposé faire swik-swik entre les dents.

Je pourrais pas confirmer si c’est psychosomatique, mais me semblait aussi que y’avait un petit arrière-goût de salmonelle dans mon tartare de poulet. Tsé le genre de petit goût que tu remarques pas tout de suite mais que quand tu t’y attardes, il te fait bien comprendre que tu viens de t’embarquer sur une job de vidage de ton intérieur par tous tes orifices pour les 72 prochaines heures. Y’a rien que tu puisses y faire, à part profiter du fait de posséder un intérieur en attendant que ça commence.

Ce qui arrive dans vie, c’est que quand j’avais 3 ans, je m’étais réveillée une nuit pour déguster un petit beigne nature que je trouvais pas tant bon, parce que les choses natures en général on s’entend que tsé, mais quand j’ai ben faim j’pas trop regardante sur ces affaires-là. Je me souviens pas de la suite de l’histoire mais on m’a raconté que cette nuit-là, je me suis réveillée la face dans une marre de smoothie de petit beigne nature pas tant bon. C’était une marée montante apparemment, puisque ça aurait continué de se propager sur le plancher en tapis, sous une exclamation de découragement de Maman qui voyait ses jours heureux transformés en corvée de torchage de vomi de tapis. Dur d’expliquer ce que cette exclamation totalement légitime a chamboulé dans mon inconscient, mais la marée n’est jamais remontée en 17 ans.

Le vomi ne me fait pas peur, ça me phobifise. Je me sentirais aussi bien après avoir vomi ma salmonelle qu’après un p’tit coup de 12 dans le cerveau pour guérir un mal de tête. Si t’as mal au cœur devant moi, ça se peut que je sois plus ton amie pour un bout. Si tu choisis de dégobiller en ma présence, c’est que t’es confortable avec la notion de mottons dans les cheveux. Le temps que tu gerbes, tu ne fais plus partie de ma vie. Ça revient là, inquiète-toi pas. Brosse-toi les dents après et je serai pas rancunière, je te jure.

Fak là j’ai un poulet presque vivant en moi pis je trippe pas tant. Je le sens qu’il a le goût de pas être là aussi. Je le dis pas à personne parce que le verbaliser ça le concrétiserait un peu trop pis sûrement que ça me ferait pleurer un petit peu. Je me suis enfilée trois shooters de Gaviscon et je me suis faite une p’tite ligne de Gravol. Demande-moi pas si ça va aller, parce que je vais être obligée de te dire que je le sais pas pis tu vas m’amener une chaudière pis je vais hyperventiler. Peu importe à quel point t’es l’homme de ma vie, je vais jamais assez t’aimer pour te jaser de mes problèmes gastriques. C’est comme ça, fais-toi à l’idée, tu connaitras jamais le feeling d’être en symbiose avec moi.

Si tu lis ces lignes, c’est que je suis correcte à l’heure qu’il est. Aux mamies frustrées par mon beat de vie, j’aurais dû vous écouter ce soir. Je vous promets de ne plus jamais recommencer. D’ici à la prochaine fois.

Je m’appelle Alexandra, j’ai 20 ans et je n’ai pas vomi.