Être un enfant, c’est traumatisant as shit quand on y pense. La vie te garroche plein d’information
nouvelle et essentielle à ta survie en pleine face, pis t’as clairement pas le
bagage d’expérience suffisant pour bien gérer tout ça. Va pas au soleil, tu vas
pogner le cancer. Bois pas l’eau du boyau, tu vas mourir au bout de ta
diarrhée. Mange pas les bonbons du monsieur en trenchcoat, ça se pourrait qu’il
te confisque tes organes sexuels. Traverse pas la rue, toutes les voitures qui
passent n’existent que dans l’unique but de t’enlever la vie. Pis toi t’es juste
là « Man, j’ai 4 ans, j’peux-tu juste manger de la terre comme bon me
semble? »
Moi j’ai accumulé 99% de mes rares traumatismes de vie entre l’âge
de 0 et 5 ans. Ce qui arrive avec les traumatismes d’enfance, c’est que ça
reste longtemps pis des fois tout le temps. Des fois tu penses que c’est fini pis
PACLOW, ça te pète dans face avant que tu le vois venir.
Je raconte tout ça parce que moi, hier, j’ai été faire un petit pipi
au centre commercial.
Un des pires traumatismes que j’ai eu quand j’étais enfant est
survenu un jour où je faisais un petit pipi chez moi, vers l’âge de quatre ans.
Ma mère m’a surprise à utiliser beaucoup de papier de toilette et m’a mise en
garde que « Attention, la toilette pourrait déborder. »
Et c’est ainsi que j’ai appris qu’une toilette POUVAIT déborder.
Mais tsé, on m’a pas amené le sujet très délicatement tel que l’aurait mérité
la petite fille sensible que j’étais. On m’a lancé ça net frette sec de
même : une toilette, ça peut déborder. Sans plus de précision. De telle
sorte que pendant peut-être une année complète, j’ai cru que si je dépassais
une certaine quantité abstraite de papier, la cuvette se transformerait en
geyser.
L’image me hantait chaque fois que j’avais affaire à une chasse
d’eau, si bien que pendant cette année qui a suivi,
j’ « oubliais » le plus souvent possible de flusher et quand je
le faisais, c’était du bout des doigts avant de m’enfuir en courant.
Ma mère a fini par me demander c’était quoi mon cristie de problème
tsé. Quand je lui ai expliqué, elle m’a dit de ne pas m’en faire, que ça
prenait beaucoup de papier pour que ça déborde et que de toute façon, ça
faisait un drôle de bruit juste avant.
Pendant les mois qui ont suivi, donc, j’y allais au son. Je sais pas
c’était quoi ton opinion là-dessus toi, mais moi je trouvais les toilettes
publiques en général pas mal bruyantes au moment de la flush et ça ressemblait
pas mal à l’idée que je me faisais du bruit bizarre que pourrait faire une
toilette juste avant de se transformer en volcan.
Ma relation avec les toilettes publiques est restée tendue pendant
une couple d’années, mais j’ai réussi à me dompter. J’ai même été témoin de
débordements de toilettes et ça s’est quand même bien passé.
Je disais donc qu’hier, j’ai été faire un petit pipi au centre
commercial. Les toilettes étaient différentes de la dernière fois où j’y étais
allée. Le bruit de la flush aussi. Un petit peu plus sonore, mettons.
Cette histoire que je viens de raconter était morte et enterrée dans
ma mémoire jusque là. Jusqu’à ce que je flush et que je me demande c’était quoi
ce petit inconfort en dedans.
Parce que moi je peux partir sur un nowhere sans inquiétude, me
perdre la nuit en pleine forêt sans broncher ou faire de l’escalade en ayant le
vertige.
Mais reste que je m’appelle Alexandra, j’ai 20 ans, et j’aime pas
les toilettes bruyantes.

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