mercredi 19 mars 2014

Quand je serai grande, je serai adulte


Quand j’étais enfant, j’avais hâte d’avoir 18 ans pour pouvoir m’approprier des expressions de vieux. Être autorisée à dire qu’ « on peut se parler comme des adultes ». Référer aux adolescents en tant que « les jeunes ».  Trouver du plaisir dans les conversations de prêts hypothécaires et d’assurance-vie. Avoir des seins.

J’ai eu 18 ans le 5 mai 2011, mais rien de tout ça ne s’est réalisé. J’ai songé que la livraison était peut-être un peu en retard et que la grande transformation s’effectuerait sûrement à 20 ans. Le 5 mai 2013, j’ai essayé de référer à moi-même en tant qu’ « adulte » et j’ai vomi un peu dans ma bouche. On m’appelait encore « la p’tite ». Il me semble avoir eu une conversation sur la non-légitimité des nouvelles générations de Pokémon (j'veux dire, tout le monde sait qu'il y en a que 150, right?). J’ai continué à flotter dans mon 32B.

J’suis pas une adulte. Le jour où la rationalité des adultes est passée, j’étais sûrement en train de faire évoluer mon Pikachu. J’ai le goût de donner un exemple, qui se trouve à être en fait le sujet principal de ce texte, mais je savais pas comment l’introduire autrement, parce que moi le sujet amené-posé-divisé je trouve ça très overrated.

Un soir, vers 13-14 ans, j’ai accumulé du gros vécu.

J’étais avec mon amie Stéphanie et on arrivait chez elle. Une des voitures était dans son entrée, la porte était débarrée et on entendait des gens parler tout bas dans le salon. On s’est installée dans sa chambre et elle est sortie pour aller aux toilettes. Elle a refermé la porte de la chambre derrière elle, me laissant seule avec le chien. Je l’entendais bouger dans la salle de bain, en même temps que quelqu’un passait de l’autre côté de la porte de sa chambre. Le chien a levé la tête. Steph est revenue de la toilette et voulait demander à son père de nous faire un lift. Elle a crié son nom mais personne a répondu. On a fait le tour de la maison, vide. On a appelé le cellulaire de son père. Il était au hockey avec toute la famille. What. The. Fuck.

Je sais pas comment on a réussi à quand même s’installer devant la télévision. Mais je sais en sacrement comment j’ai réussi à bondir du divan et à me retrouver dehors avant même de m’en rendre compte quand j’ai entendu trois gros BOOM à l’étage. Steph voulait qu’on rentre chercher son chien. Je voulais rien savoir de retourner volontairement vers ma mort, mais on a fini par entrouvrir la porte pour appeler le pitou, au même moment où la porte patio claquait, et quelques secondes plus tard, on entendait des outils tomber dans le fond de la cours.

Y’a pas eu de bris ni de vol. Si t’en parles à Steph aujourd’hui, elle va rire et dire qu’on a fait une histoire avec rien. Moi je sais ce que j’ai entendu. Et être dans une maison où y’a un intrus, ça a de quoi marquer à vie n’importe quelle p’tite fille de 13-14 ans.

Un soir, la semaine passée, j’étais seule chez moi avec mon chien. J’écoutais la télévision quand y’a eu de drôles de bruits au 2e étage. Le chien a bondi à côté de moi pour aller se poster devant les escaliers en jappant et en grognant. Toi, t’aurais pensé à la fois où t’étais dans une maison où y’avait un intrus. Moi j’ai pensé à la p’tite fille morte dans Le Cercle.

J’suis pas une adulte. Le jour où la rationalité des adultes est passée, j’étais sûrement en train de faire évoluer mon Pikachu.

mardi 11 mars 2014

Les premières fois que je réécrirais

Ma vie est un film. Un film de filles où le téléphone sonne juste avant un premier baiser. Une comédie clichée où la musique arrête au moment où je crie de quoi de vraiment gênant. Un thriller à petit budget qui se passe toute à l’hôpital. Un mélodrame où chaque fois que je vis un grand moment, la vie trouve un moyen de me scrapper ça à grands coups de fuck my life. Voici, en ordre chronologique, le top 10 des grands moments scrap de ma vie.


FML #1. J’ai compris que j’étais prédestinée à une série de grands moments scrap le 5 mai 1993 dernier. Ma naissance a probablement été le moment le moins glorieux de ma vie. Je suis née bleue et de sucroît, n’ayons pas peur des mots, dans un tas de marde. Shit happens.

FML #2. La première fois où j’ai fait une déclaration d’amour au primaire, remplie de passion, d’espoir et d’étoiles dans les yeux. J’ai fait un p’tit saut quand le gars a vomi.

FML #3. Mon premier slow à vie à 11 ans où mon partenaire a fixé la chix sur qui il trippait qui frenchait le mec sur qui je trippais tout le long. Tsé le genre de scénario pas awkward du tout dans l’ensemble.

FML #4. La fois où un gars m’a pris la main pour la première fois à 14 ans. Je l’aimais. C’était beau et doux. Tellement que j’suis partie à brailler drette là. Y paraît que je mets le monde à l’aise, dans vie.

FML #5. Mon premier baiser à 15 ans, où j’ai empêché le gars de mettre la langue parce que je voulais « prendre mon temps dans la relation ». J’ai marqué le 22 novembre 2008 dans mon agenda scolaire de la mention « A night to remember ». Parce que j’étais cute et bilingue comme ça.

FML #6. La première fois où je suis sortie dans un bar à 16 ans. Je me sentais comme dans Gossip Girl version Ozone Laurier. J’ai refusé que l’homme de ma vie me paye un verre parce que j’avais « déjà pris une bière et qu’il faudrait pas que je rentre saoule chez moi pis ta yeule j’ai tellement 18 ans t’as trop pas rap’ ».

FML #7. LA fameuse première fois. Beaucoup d’amour et de tendresse. Sur un matelas recouvert d’une serviette de plage que ma mère m’avait aidée à installer le jour-même pour éviter de le tacher de sang tsé-j’suis-genre-full-à-l’aise-de-raconter-ça-j’me-demande-vraiment-pourquoi-j’le-dis-en-fait.

FML #8. Le lendemain de cette fois-là où c’était ma remise de diplôme du secondaire. Porter la toge, le mortier et me faire appeler par mon nom pour clôturer en grandes pompes cinq belles années qui allaient me manquer. Avec une gigantesque sucette dans le cou.

FML #9. Ma première journée de Cégep où je me sentais enfin comme une personne à part entière maintenant que j’avais terminé mon éducation de base. Et où j’ai attendu mon autobus direct pendant 1h30 du mauvais bord de la rue, pour finalement me résigner à téter un lift à papa en tant que personne à part soudainement moins entière. Je dirai pas que j’ai fait ça trois jours de suite avant de comprendre le système voulant que l’autobus te dépose d’un côté et te ramasse de l’autre, parce que ça contribuerait pas full à mon capital de coolitude, right?

FML #10. La fois où je suis partie seule en voyage. L’accomplissement d’un rêve depuis plusieurs années. Le sentiment d’être invincible et prête à tout découvrir. Crise d’hypoglycémie dans l’avion. Black out. Me réveiller dans les bras d’un agent de bord qui m’a attrapée en plein vol plané vers mon crash corporel. « Salut, j’ai faim et je prendrais mon souper là-là. »

J’ai arrêté de vivre des grands moments ce jour-là parce que tout compte fait, les grands moments c’est de la marde.