Ma vie est un film. Un film de filles où le téléphone sonne juste
avant un premier baiser. Une comédie clichée où la musique arrête au moment où
je crie de quoi de vraiment gênant. Un thriller à petit budget qui se passe
toute à l’hôpital. Un mélodrame où chaque fois que je vis un grand moment, la
vie trouve un moyen de me scrapper ça à grands coups de fuck my life. Voici, en ordre chronologique, le top 10 des grands
moments scrap de ma vie.
FML #1. J’ai compris que j’étais prédestinée à une série de grands
moments scrap le 5 mai 1993 dernier. Ma
naissance a probablement été le moment le moins glorieux de ma vie. Je suis
née bleue et de sucroît, n’ayons pas peur des mots, dans un tas de marde. Shit
happens.
FML #2. La première fois où j’ai fait une déclaration d’amour au primaire, remplie de passion, d’espoir et
d’étoiles dans les yeux. J’ai fait un p’tit saut quand le gars a vomi.
FML #3. Mon premier slow
à vie à 11 ans où mon partenaire a fixé la chix sur qui il trippait qui
frenchait le mec sur qui je trippais tout le long. Tsé le genre de scénario pas
awkward du tout dans l’ensemble.
FML #4. La fois où un gars m’a pris
la main pour la première fois à 14 ans. Je l’aimais. C’était beau et doux. Tellement
que j’suis partie à brailler drette là. Y paraît que je mets le monde à l’aise,
dans vie.
FML #5. Mon premier baiser
à 15 ans, où j’ai empêché le gars de mettre la langue parce que je voulais
« prendre mon temps dans la relation ». J’ai marqué le 22 novembre
2008 dans mon agenda scolaire de la mention « A night to remember ».
Parce que j’étais cute et bilingue comme ça.
FML #6. La première fois où je suis sortie dans un bar à 16 ans. Je me sentais comme dans Gossip Girl version
Ozone Laurier. J’ai refusé que l’homme de ma vie me paye un verre parce que
j’avais « déjà pris une bière et qu’il faudrait pas que je rentre saoule
chez moi pis ta yeule j’ai tellement 18 ans t’as trop pas rap’ ».
FML #7. LA fameuse première
fois. Beaucoup d’amour et de tendresse. Sur un matelas recouvert d’une
serviette de plage que ma mère m’avait aidée à installer le jour-même pour
éviter de le tacher de sang tsé-j’suis-genre-full-à-l’aise-de-raconter-ça-j’me-demande-vraiment-pourquoi-j’le-dis-en-fait.
FML #8. Le lendemain de cette fois-là où c’était ma remise de diplôme du secondaire. Porter
la toge, le mortier et me faire appeler par mon nom pour clôturer en grandes
pompes cinq belles années qui allaient me manquer. Avec une gigantesque sucette
dans le cou.
FML #9. Ma première journée
de Cégep où je me sentais enfin comme une personne à part entière
maintenant que j’avais terminé mon éducation de base. Et où j’ai attendu mon
autobus direct pendant 1h30 du mauvais bord de la rue, pour finalement me résigner
à téter un lift à papa en tant que personne à part soudainement moins entière.
Je dirai pas que j’ai fait ça trois jours de suite avant de comprendre le
système voulant que l’autobus te dépose d’un côté et te ramasse de l’autre,
parce que ça contribuerait pas full à mon capital de coolitude, right?
FML #10. La fois où je suis
partie seule en voyage. L’accomplissement d’un rêve depuis plusieurs
années. Le sentiment d’être invincible et prête à tout découvrir. Crise
d’hypoglycémie dans l’avion. Black out. Me réveiller dans les bras d’un agent
de bord qui m’a attrapée en plein vol plané vers mon crash corporel.
« Salut, j’ai faim et je prendrais mon souper là-là. »
J’ai arrêté de vivre des grands moments ce jour-là parce que tout
compte fait, les grands moments c’est de la marde.

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