dimanche 16 novembre 2014

T'es-tu lesbienne?


Ce soir-là, j’étais au Drague avec des amis. Le Drague c’est le bar gay de Québec, aka la seule place où les filles straight qui aiment danser, genre moi, peuvent s’adonner librement au shake du booty sans nécessairement se sentir comme un buffet à volonté. C’est l’fun, le Drague, j’aime ben ça.

D'habitude prendre le taxi finit bien ma soirée. T'aurais pu rentrer dans mes habitudes comme 100% de tes confrères jusqu'à maintenant, Monsieur le chauffeur de taxi de ce soir-là, mais toi tu feelais marginal. Tu t'es dit que si j'avais eu le privilège de pas me sentir comme un buffet à volonté au bar, faudrait au moins conclure ma soirée sur un feeling de table d'hôte dans ton char. Tu t'en souviens pas? Check ben ça.

Toi : T’étais au Drague?

Moi : Ouais, c’était une belle soirée.

Toi : T’es-tu lesbienne?

Moi : Euh… non?

Toi : Ah bon, moi j’suis gay.

Moi : Cool.

Toi qui me scrutes vaguement ténébreusement à la lumière rouge, et à chaque lumière rouge, donc-à-chaque-lumière-tout-court-esti: T’aimes-tu ça, les gays?

Moi : …ben ça dépend qui.

Toi les yeux encore braqués sur sûrement-pas-mon-décolleté-parce-que-t'es-gay-tsé: Donc toi une fille qui te fait des avances, tu dis non?

Moi : C’est ça, c’est le principe de l’hétérosexualité.

Toi : J’te crois pas.

Moi : C’est pas pour ça que j’te paye.

Toi : En tout cas, les filles aiment ça embarquer dans mon taxi.

Moi : Ah bon.

Toi : Vu que je suis gay, elles se sentent vraiment en sécurité.

Si je peux me permettre, Monsieur le chauffeur gay-peut-être-pas-si-tant-gay, j’aimerais souligner que ce fut soudainement crissement pas le cas. Ça s'est pas tant amélioré quand t'as mis le son dans l'piton sur la plus puissante power balad qui jouait sur le CD que tu venais d'insérer en me demandant de lâcher mon téléphone pour écouter, parce que c'était ta chanson préférée. Pendant que j’avais la main sur la poignée et que je me préparais à sauter à la seconde où ta main-clairement-pas-aux-femmes se poserait sur ma cuisse-pleine-d’œstrogène-ouach-caca, tu me posais toutes sortes de questions toutes plus violemment homosexuelles les unes que les autres. Genre si j’habitais chez mes parents, genre si mes parents étaient à la maison ce soir-là. "Oui, et mon père m'attend justement dans le salon en affûtant un échantillon de sa collection d'épées."

Ça s’est bien fini. Dans le sens que t’as arrêté le compteur à 35,00$ à deux rues de chez moi comme tu m’avais promis, parce que tel que tu m’as si bien dit, « tous les gays sont gentils comme ça ». Je t’ai tipé de l’argent parce que j’ai eu peur que tu me demandes de te tiper autre chose. Du cash contre mon hymen. Hell of a deal.

Mais sérieux, Monsieur le chauffeur gay-peut-être-pas-si-tant-gay, recommence pus. J’aurais le goût de partir sur une chire de respect de la femme slash brûlage de brassière, mais je vais juste te dire qu’un jour tu vas embarquer une fille un peu plus malade mentale que moi qui la trouvera moins drôle. Pis tu vas la trouver pas mal moins drôle itou. C'est sûr ça va arriver. Loi de Murphy, buddy.

Commence à freaker. Maintenant. 

Cheers.