jeudi 6 février 2014

La fois où j'étais dans une secte


Une fois, vers l’âge de 16-17 ans, je me suis réveillée en prenant soudainement pleinement conscience que je POUVAIS étudier en cinéma au Cégep si ça me tentait. 6 mois plus tard, j’étais hipster.

Non, c’est pas tout à fait vrai. J’ai jamais arrêté d’écouter Éric Lapointe, ni de détester 98% des films d’auteurs, mais c’est quand même vrai que j’ai traversé une passe où la société avait tort de penser que mes pantalons Aladin à motifs étaient juste une passe. Juste avant que la société commence à avoir raison, j’ai décidé de partir sur un coup de tête en roadtrip à l’autre bout de la terre La Tuque avec deux acolytes aux pantalons du même style, à la recherche de mon moi-je intérieur et profond, dans un genre de rassemblement hippie dans le fin fond du boute du bois dont on avait vaguement entendu parler.

C’est pas évident de mettre des mots sur l’expérience qu’on a vécue là-bas, mais une chose est sûre, c’est que j’étais pas prête pantoute. « Une infinie série de malaises listés ci-bas » serait certainement la meilleure façon de résumer mon séjour.

1. Faire la rencontre d’un genre de chaman et de son bâton plumé. Apprendre que 1 : il se torche les fesses avec l’eau d’une théière miniature et sa main gauche lorsque nécessaire et que 2 : on est tout bonnement atterri dans une, selon ses propres mots, secte. Nice shit.

2. Traîner ma guitare au bord du feu en me disant que je trouverai certainement des partenaires pour chanter Embarque ma belle avec moi. 20 minutes de chants d’incantation à la Terre-Mère sur trame de flûte de pan plus tard, décider de laisser faire Kaïn si je tiens à mon confortable état de non-lapidation.

3. Nous faire suggérer de purifier notre âme par le chaman qui a surement perçu toute notre saleté intérieure. Me sentir aussi à l’aise que toutes les autres fois dans ma vie où un inconnu a proposé de purifier mon âme mais dire ok pareil parce que je pense que j’ai pas trop le choix. Me faire emboucaner en me faisant dire que je vais sentir la différence dans le fond de mon être immédiatement. Faire une crise d’asthme dans le fond de mes poumons.

4. Marcher 2 km pour aller faire pipi en paix, parce que l’espèce de tranchée où tout le monde fait caca un derrière l’autre, sur tous les cacas des autres, ça me fait plus ou moins tripper.

5. Réaliser le plein potentiel capillaire corporel dont je pourrais bénéficier si je ne m’abaissais pas au vil usage du rasoir.

6. Participer à une prière de « aoum » collectifs à la Terre-Mère avant un repas. Après 4 minutes, constater que les chances que je ne perturbe pas la vibe d’un incontrôlable fou rire décroissent drastiquement chaque seconde. Perturber la vibe.

7. Nous mériter un « Décalissez » en lettres de poussière dans la vitre arrière de notre voiture, parce qu’on l’a stationnée à la vue de tous et que ça rappelle trop à la communauté qu’on est pas au Moyen-Âge pour de vrai.

8. Me faire tasser du bord du feu par un gars qui m’explique qu’avant que je ne m’asseye, il doit en faire le tour trois fois en agitant son bâton pour qu’il ne s’éteigne pas. No shit Sherlock. Comprendre pourquoi mes feux à moi pognent pas.

9. Voir plus d’organes génitaux en quarante-huit heures que Ron Jeremy dans toute sa carrière.

On a fini par quitter notre secte deux jours plus tard.

Conclusions :

1. Je ne suis pas hippie.
2. Le ressourcement, ça marche pas avec moi.
3. Je ne possède pas de moi-je intérieur profond.

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