mardi 9 décembre 2014

Je Tinde, donc je suis.


Tinder est au romantisme ce que McDo est au métabolisme. N’empêche que dans mes jeunes et folles années, donc en 2013, derrière mes « je serai jamais assez désespérée pour ça », j’osais pas avouer que le hype m’intriguait.

J’ai flanché. J’étais pas désespérée pour autant. Pas trop en tout cas.

J’ai appris à la dure que c’est pas parce que t’es un adepte du fastfood de la romance que t’es nécessairement rapide dans toutes les autres sphères de ton existence.

Tinder; quel oasis de profonds malaises. J’ai rouvert mon compte cette semaine pour replonger dans cette mine d’or et en ressortir 10 highlights dignes de mention.

Oui, ce sont toutes de vraies conversations.

#1 : Le Géographe-anxieux

Lui : Je travaille chez Jean-Coutu à Charny et à Beauport.
Moi : Deux pays lointains ça!
Lui : Tu veux dire villes.
Moi : À cette distance-là, je veux dire pays.
Lui : Beauport et Charny c’est des villes.
Moi : Tu voyages en avion?
Lui : Arrêtons de parler de ça.
[FIN.]


#2 Le J’ai-manqué-d’amour-à-la-naissance

Lui : Pk tu as cliquer liked sur la photo?
Moi : Quoi? Sur ta photo?
Lui : Ouin pk tu as dit oui genre dans liked ou disliked sur ma photo
Moi : Ben parce que ta photo m’a plu j’imagine. C’est vaguement le concept.
Lui : Je sais mais dans le fond je voulais savoir quess qui t’as plu dans ma photo.
[FIN.]


#3 Le Voyageur-aguerri

Moi : À qui ai-je l’honneur?
Lui : Juste un français qui passe au Québec.
Moi : Tu fais quoi de tes journées au Québec?
Lui : Je vais au gym.
Moi : Ça vaut le voyage, en effet.
[FIN.]


#4 Le Sluts-are-underrated

Lui : Faut juste que tu saches que je couche pas avant la 3e date.
Moi : Moi pas avant le 3e je t’aime.
Lui : Dommage, t’avais l’air cool.
[FIN.]


#5 Le Je-ne-me-peux-plus-de-tout-savoir-de-toi

Lui : On va prendre une marche?
Moi : Non je travaille demain matin et ma maman m’a dit de pas prendre des marches la nuit avec des inconnus.
Lui : Je suis pas méchant! Puis tu vies encore avec ta maman?? Tu travailles dans quoi dans la vie?? Pourquoi es-tu inscrite sur Tinder?? Et quel est ton rêve de vie??
Moi : Bonne nuit.
[FIN.]


#6 Le Bavard

Lui : Bonsoir!
Moi : Bonsoir! À qui ai-je l’honneur?
Lui : Steven.
Moi : Steven qui sait se vendre.
Lui : Exactement.
[FIN.]


#7 Le Dans-le-même-ordre-d’idées

Lui : Dag ce soir?
Moi : Dag jamais.
Lui : Ozone?
Moi : Pas plus.
Lui : T’es belle.
Moi : Merci.
[FIN.]


#8 L’Agressif-léger

Moi : Ta photo de cheval relève de l’awesomeness.
Lui : Pis ta photo de laveuse révèle que tu es une criss de psycho.
Moi : Oui, mais le pronostic est bon.
[FIN.]


#9 Le Désillusionniste

Lui : Quoi tu recherches sur Tinder?
Moi : Le père de mes enfants, toi?
Lui : Pour vrai?
Moi : T’as l’air sceptique, moi qui pensais que c’était le but de Tinder.
Lui : Ben c’est pas moi.
Moi : Ish, ouch.
Lui : Dsl.
[FIN.]


#10 Le Persévérant

Lui : Salut tu fais quoi dans la vie?
Lui encore : ?
Lui toujours : Ça va?
Lui sans relâche : ;)
Lui que rien n’arrête : ?
Lui qui fonce sans répit : Allo?!
Lui à l’infini et plus loin encore : :)
Lui pour qui la modération goûte la marde : Ça va ?! :)
[FIN, pour l’instant.]

I’m out.
Pour vrai.
Bye Tinder. 

dimanche 16 novembre 2014

T'es-tu lesbienne?


Ce soir-là, j’étais au Drague avec des amis. Le Drague c’est le bar gay de Québec, aka la seule place où les filles straight qui aiment danser, genre moi, peuvent s’adonner librement au shake du booty sans nécessairement se sentir comme un buffet à volonté. C’est l’fun, le Drague, j’aime ben ça.

D'habitude prendre le taxi finit bien ma soirée. T'aurais pu rentrer dans mes habitudes comme 100% de tes confrères jusqu'à maintenant, Monsieur le chauffeur de taxi de ce soir-là, mais toi tu feelais marginal. Tu t'es dit que si j'avais eu le privilège de pas me sentir comme un buffet à volonté au bar, faudrait au moins conclure ma soirée sur un feeling de table d'hôte dans ton char. Tu t'en souviens pas? Check ben ça.

Toi : T’étais au Drague?

Moi : Ouais, c’était une belle soirée.

Toi : T’es-tu lesbienne?

Moi : Euh… non?

Toi : Ah bon, moi j’suis gay.

Moi : Cool.

Toi qui me scrutes vaguement ténébreusement à la lumière rouge, et à chaque lumière rouge, donc-à-chaque-lumière-tout-court-esti: T’aimes-tu ça, les gays?

Moi : …ben ça dépend qui.

Toi les yeux encore braqués sur sûrement-pas-mon-décolleté-parce-que-t'es-gay-tsé: Donc toi une fille qui te fait des avances, tu dis non?

Moi : C’est ça, c’est le principe de l’hétérosexualité.

Toi : J’te crois pas.

Moi : C’est pas pour ça que j’te paye.

Toi : En tout cas, les filles aiment ça embarquer dans mon taxi.

Moi : Ah bon.

Toi : Vu que je suis gay, elles se sentent vraiment en sécurité.

Si je peux me permettre, Monsieur le chauffeur gay-peut-être-pas-si-tant-gay, j’aimerais souligner que ce fut soudainement crissement pas le cas. Ça s'est pas tant amélioré quand t'as mis le son dans l'piton sur la plus puissante power balad qui jouait sur le CD que tu venais d'insérer en me demandant de lâcher mon téléphone pour écouter, parce que c'était ta chanson préférée. Pendant que j’avais la main sur la poignée et que je me préparais à sauter à la seconde où ta main-clairement-pas-aux-femmes se poserait sur ma cuisse-pleine-d’œstrogène-ouach-caca, tu me posais toutes sortes de questions toutes plus violemment homosexuelles les unes que les autres. Genre si j’habitais chez mes parents, genre si mes parents étaient à la maison ce soir-là. "Oui, et mon père m'attend justement dans le salon en affûtant un échantillon de sa collection d'épées."

Ça s’est bien fini. Dans le sens que t’as arrêté le compteur à 35,00$ à deux rues de chez moi comme tu m’avais promis, parce que tel que tu m’as si bien dit, « tous les gays sont gentils comme ça ». Je t’ai tipé de l’argent parce que j’ai eu peur que tu me demandes de te tiper autre chose. Du cash contre mon hymen. Hell of a deal.

Mais sérieux, Monsieur le chauffeur gay-peut-être-pas-si-tant-gay, recommence pus. J’aurais le goût de partir sur une chire de respect de la femme slash brûlage de brassière, mais je vais juste te dire qu’un jour tu vas embarquer une fille un peu plus malade mentale que moi qui la trouvera moins drôle. Pis tu vas la trouver pas mal moins drôle itou. C'est sûr ça va arriver. Loi de Murphy, buddy.

Commence à freaker. Maintenant. 

Cheers.

lundi 8 septembre 2014

Cher Prince Charmant


Ça faisait pas longtemps qu'on se connaissait, mais les étincelles y étaient déjà. Le party commençait à pogner tranquillement à l'appart quand t'es entré.

J'ai tout de suite vu qu'on avait tellement de points en commun. Genre, t'avais un nom, un âge pis même une couleur de yeux, un peu comme moi hihihi.

J'ai immédiatement réalisé que t'avais quelque chose à m'apporter quand tu m'as montré tes skills au beer pong. Toutes ces balles que tu faisais entrer dans tous ces verres... J'ai dû réciter trois chapelets tout bas pour pallier à tous ces péchés mortels que j'étais en train d'imaginer.

Tu me passais la main dans le dos pendant qu'on jouait pis dans ma tête j'avais déjà accouché deux fois. De jumeaux.

Je m'étais fait briser le cœur deux semaines avant, mais toi tu le rafistolais, un verre de plastique rouge à la fois. Tu me faisais croire encore en l'amour, le vrai, celui qui sent la Pabst et qui goûte la balle de ping-pong poussiéreuse.

On est allé au bar avec tous nos amis, on se serait cru dans une comédie musicale. On dansait tout le monde ensemble sur les hits de l'été qui n'était pas encore commencé en buvant des drinks fluos qui font bouger comme la nouvelle Pussycat Doll.

Tu m'as pris la main, tu m'as chatouillé l'oreille en hurlant par-dessus Selena Gomez qui te disait de come and get it qu'on devrait aller dehors. Tu m'as entrainée un peu à l'écart, tu m'as regardée avec tes yeux remplis de Pabst pis tu m'as frenchée comme si ta vie en dépendait. Ça, ça te tasse une peine d’amour comme rien d’autre. De la symbiose à l'état brute. De la communion de langues comme j'en ai rarement vue.

Tu t'es arrêté au bout d'un beau gros 30 secondes de zigonnage linguistique. T'as pris ton air de prince charmant, je me sentais comme une princesse rescapée. Les deux yeux ancrés dans une graisse de bean dense et impénétrable, tu m'as susurrée ce que j'avais depuis longtemps cessé d'espérer qu'on me susurre un jour. Mais toi t'as fait un homme de toi pis tu t'es lancé.

"Faque… tu me suces-tu?"

Fuck m'offrir des fleurs. Des fleurs c'est juste un moyen détourné pour m'amener à ton ouéseau, tout le monde sait ça. T'es un real, man. Les femmes vont toutes s’agenouiller (…) devant tant d’aptitudes séductrices. J’te l’dis.

Chastement,

La princesse à qui y restait juste un peu trop de dignité pour toi

mardi 1 juillet 2014

C'estpastoic'estmoi


Il t’a crissée là. Ça faisait 6 ans, 6 mois ou 6 minutes que tu le connaissais, y’a pas de différence, tu l’aimais pis là t’es à ramasser à la p’tite cuiller. Tu penses, non, tu sais que ta vie est finie. T’as le droit, fille. T’es en peine d’amour. Fuck le choc, le déni, la colère, la résignation and all that shit. La peine d’amour, ça se passe en 20 étapes, dans une absence totale de logique chronologique.

1. Tu vas te réveiller et te passer de l’eau froide dans face pour désenfler de ta larmoyante nuit. Tu vas même te maquiller et te faire croire que ça va t’aider à te sentir mieux même si tu sais que tu vas craquer à la première personne qui va te dire « salut ça va » pis ton maquillage va couler. Tu vas te sentir un peu laide, pis probable que tu vas avoir un peu raison.

2. Tu vas prendre des pauses pour fixer ton téléphone, car comme le dit le vieil adage : « Fixe ton téléphone pis ça se pourrait qu’il sonne ».

3. Tu vas vivre une symbiose magistrale avec l’Afrique en cessant de t’alimenter pendant genre 72h. Tu vas finir par tomber dans le chocolat et reprendre tes 15 livres en 15 minutes. Pis ça va être nice car tel que scientifiquement stipulé, plus t’es grosse, moins ton lit est vide.

4. Tu vas écouter du Taylor Swift en pleurant, pis tu vas te dire que Taylor Swift et toi, vous partagez quelque chose de vraiment spécial.

5. Étant donné qu’ils sont tous responsables de ton malheur, tu vas détester tous les hommes de la Terre.

6. Ce faisant, tu vas avoir envie que tous les hommes de la Terre te donnent une parcelle d’affection. En même temps. Tu vas te sentir prête à gérer ça.

7. Ça se peut très bien que tu demandes à tes amis de t'identifier sur Facebook dans les événements mondains pour que l'être aimé constate à quel point tu rayonnes en son absence.

8. Tu vas considérer le changement d’orientation sexuelle, pis finalement peut-être pas.

9. Quand tu vas être seule,  tu vas brailler parce que t’es seule. Pis quand tes amis vont venir te voir, tu vas brailler parce que tu voudrais être seule. Non, tu n’es pas normale. Mais en peine d’amour, t’as le droit de pas être normale.

10. Tu vas pogner des boosts d’énergie tout ce qu’il y a de plus random où tu vas avoir envie de vivre la vie à laquelle seul ton nouveau célibat te donne accès. « Ok le mois prochain, je m’en vais faire du rafting, sauter en parachute, au Texas pis aux danseurs. »

11. Tu vas cocher plein d’affaires sur ta bucket list en te disant « J’t’une femme libérée ». Précisément. Tu vas le dire dans ces mots-là.

12. Si t’es ben nerd, tu vas peut-être aller jusqu’à écrire votre histoire. Pis tu vas donner un titre superbement subtil à ton document, genre « Un conte de fées qui finit mal », avec un mot de passe pour l’ouvrir qui ne sera vraiment pas le nom de l’être aimé.

13. Les couples heureux te dégoûteront un petit peu.

14. Tu vas tellement faire des pactes de célibat et chasteté éternels avec tes amies au cœur tout aussi fragmenté. « Ok les filles, à go on se fait reconstruire l’hymen pis on le laisse là! À vie. »

15. Tu vas te dire que tu vas commencer à respecter ton pacte juste demain parce que y’a un gars qui te fait de l’œil l’autre bord du bar pis tu veux te prouver que tu pognes un peu. Y’a un tattoo dans face qui dit « langue à prêter » pis tu constates l’édifiant futur de 15 minutes qui vous attend.

16. Tu vas écouter Titanic et pleurer seulement quand Jack et Rose s’embrassent et font l’amour. Parce que la fin t'apparaît soudainement comme satisfaisante et amplement méritée.

17. Tu vas fort probablement avoir un rebound-love.

18. Tu vas lui dire « C’estpastoic’estmoi » au bout de deux semaines pis ça va être fini.

19. Parce que tu vas finir par re-détester tous les hommes de la Terre.

20. Mais un jour, tu vas te réveiller, pis ça sera peut-être pas guéri-guéri, mais ça va faire juste un peu moins mal, pis tu vas te dire que Monsieur Séduisant à ta job, dans ton cours d'été ou au comptoir de crème glacé y’a un sourire quand même un peu cute pis que t’as quand même un peu hâte de le croiser le lendemain juste pour qu’il te montre ses dents.

Promis, fille. Ça va arriver.

Lâche pas. 

mardi 27 mai 2014

La charte d'un vieillissement qui gosse pas


Y’a une couple de jours, j’ai eu 21 ans. Je freak out un peu, parce que je réalise que j’ai vécu ma dernière fête excitante à vie. Être majeure internationalement, c’est le paroxysme du plaisir de vieillir, c’est la dernière chose à laquelle tu peux avoir réellement hâte, parce qu’après, la vie devient une longue descente, moins escarpée que les 21 dernières années de montée, mais pareil, vers la platitude.

Je me console en me disant que moi, je serai l’une des exceptions à la règle. Je ne deviendrai pas plate et n’adopterai surtout pas d’étranges habitudes en vieillissant. Pour y parvenir, je m’engage à lire la charte ci-bas chaque jour à partir d’aujourd’hui.

La charte d’un vieillissement qui gosse pas

1. Oui, c’est bel et bien ma morve qui se retrouve dans mon Kleenex après que je me sois mouchée dedans. Je n’ai pas besoin de confirmer en inspectant publiquement l’intérieur dudit Kleenex, la corrélation Kleenex-morve étant une constante.

2. La caissière de 16 ans de la pharmacie a juste hâte à sa paye de 100$ jeudi prochain pour s’acheter de la bière, des condoms ou d’autres immoralités. Par conséquent, elle se fout éperdument de mes problèmes de santé, que je ne lui raconterai donc pas.

3. J’ai le droit de vouloir savoir quel mets sur le menu est le moins épicé sans me sentir obligée de me justifier. Le serveur ne porte un intérêt que très limité à mon transit intestinal.

4. « Petit » et « chum » sont deux mots à part entière que personne n’aime entendre dans une même phrase.

5.  Je n’ai jamais éprouvé beaucoup de plaisir gustatif à sucer une quantité astronomique de paparmannes. Aujourd’hui n’est pas le début d’une nouvelle passion.

6. Les jeunes baisent de plus en plus tôt. Ça me dérange pas parce que c’est trop pas de mes affaires yo.

7. Chaque fois que je débute une phrase par « dans mon temps », je contribue à faire du monde un monde sans constipation. Ce qui est pas tant une mauvaise chose en soi, mais jusqu’à un certain point tsé-veux-dire.

8. Rouler 20 km/h sous la limite permise fait de moi un fardeau pour l’humanité.

9. Aucune loi ne m’oblige à pousser de longs soupirs ou gémissements bien sonores exprimant la morosité de mon existence chaque fois que je procède à un changement de position. Conséquemment, je ne le fais pas.

10. Il n’existe aucun lien scientifiquement établi entre « ouvrir la fenêtre quelques minutes parce qu’il fait trop chaud » et « tomber malade ».

Bonne fête à moi.

mardi 15 avril 2014

Noyer son clavier dans son jus de stress


J’ai une propension un peu malsaine à l’excès dans la majorité des sphères de mon existence quand je prends goût à quelque chose, genre en écoutant le nouveau hit d’Éric Lapointe 72 fois en ligne, où en me nourrissant exclusivement de la bouffe du nouveau Thai Zone du coin. Ça a commencé jeune, cette tendance, quand j’y pense. Vers l’âge de cinq ans, j’ai découvert les Backstreet Boys et le sens du mot plénitude par la même occasion. J’aimais Nick Carter d’un amour inconditionnel, et ça tombait bien parce que c’était full réciproque. Mes parents ont compris que j’était un peu dérangée le jour où j’ai piqué une crise parce qu’ils avaient demandé à Geneviève de venir me garder. Au lieu de Nick Carter, tsé.

En 6e année, j’ai eu à passer des radiographies, et mon médecin m’a dit que c’était cancérigène. Ma première pensée n’a pas été genre « J’espère ne plus jamais repasser de radiographies » mais bien « Ouin mais si je pogne le cancer, peut-être que Simple Plan viendrait me visiter à l’hôpital. »

Je me suis calmée là. J’ai commencé à écrire, à faire de la promotion pour mes livres et à rencontrer des vedettes pour réaliser que ce sont des gens normaux et pour la plupart, très accessibles. J’ai donc continué d’admirer beaucoup de gens, mais pas d’idolâtrer comme j’idolâtrais Nick Carter. On a rompu d’ailleurs. Il trouvait que j'avais pas assez de temps à lui accorder.

J’étais assez confortable dans mon équilibre de normalité, mais ça pouvait évidemment pas durer. Ça m’a pris, un soir en janvier dernier où j’errais sur les interwebs sans but concret. Je lisais un article sur le blog Les Populaires. Ça a commencé par des sueurs froides, puis des tremblements. Mes yeux se sont révulsés et j’ai poussé des cris de passion, l’esprit en transe. Qu’est-ce qui m’arrivait donc? Fallait pas chercher trop loin, je me suis vite rendue à l’évidence que « J’idolâtre, calvâsse. »

Il s’appelle Lessard, Joshua de son prénom.

J’ai écrit toute cette longue prémisse pour me donner une contenance parce que j’suis trop gênée dans l’dash pour ces affaires-là, mais si je plonge dans le vif du sujet, ça ressemblerait sûrement à de quoi comme :

Cher Joshua,

Mon nom c’est Alexandra Larochelle, j’ai Facebook et un numéro de téléphone privé disponible sur demande. Je t’idolâtre, mais pas comme Nick Carter parce que je gère un peu mieux ma folie qu’avant. J’ai essayé de te stalker sur Facebook mais je t’ai pas trouvé pis ça m’a remplie d’angoisse à l’idée que je pourrais jamais te faire ma déclaration. J’ai lu tous tes articles, donc je sais que t’as une copine et c’est chill parce que c’est pas comme avec Nick Carter j’ai dit. Je profite de ma micro-tribune ici pour te dire que tu me fais rire aux larmes pis que même si je penserais pas que mes parents t’appellent pour que tu viennes me garder et que je n’ai pas non plus l’excuse d’être en phase terminale, j’aimerais vraiment ça rire avec toi en personne.

Fak c’est ça, je me lance avant de noyer mon clavier dans mon jus de stress.

JOSHUA-LESSARD-VEUX-TU-ALLER-PRENDRE-UN-CAFÉ-AVEC-MOI?

Oufçayestjel’aiditbye.

mardi 1 avril 2014

Quand la toilette se transforme en geyser


Être un enfant, c’est traumatisant as shit quand on y pense. La vie te garroche plein d’information nouvelle et essentielle à ta survie en pleine face, pis t’as clairement pas le bagage d’expérience suffisant pour bien gérer tout ça. Va pas au soleil, tu vas pogner le cancer. Bois pas l’eau du boyau, tu vas mourir au bout de ta diarrhée. Mange pas les bonbons du monsieur en trenchcoat, ça se pourrait qu’il te confisque tes organes sexuels. Traverse pas la rue, toutes les voitures qui passent n’existent que dans l’unique but de t’enlever la vie. Pis toi t’es juste là « Man, j’ai 4 ans, j’peux-tu juste manger de la terre comme bon me semble? »

Moi j’ai accumulé 99% de mes rares traumatismes de vie entre l’âge de 0 et 5 ans. Ce qui arrive avec les traumatismes d’enfance, c’est que ça reste longtemps pis des fois tout le temps. Des fois tu penses que c’est fini pis PACLOW, ça te pète dans face avant que tu le vois venir.

Je raconte tout ça parce que moi, hier, j’ai été faire un petit pipi au centre commercial.

Un des pires traumatismes que j’ai eu quand j’étais enfant est survenu un jour où je faisais un petit pipi chez moi, vers l’âge de quatre ans. Ma mère m’a surprise à utiliser beaucoup de papier de toilette et m’a mise en garde que « Attention, la toilette pourrait déborder. »

Et c’est ainsi que j’ai appris qu’une toilette POUVAIT déborder. Mais tsé, on m’a pas amené le sujet très délicatement tel que l’aurait mérité la petite fille sensible que j’étais. On m’a lancé ça net frette sec de même : une toilette, ça peut déborder. Sans plus de précision. De telle sorte que pendant peut-être une année complète, j’ai cru que si je dépassais une certaine quantité abstraite de papier, la cuvette se transformerait en geyser.

L’image me hantait chaque fois que j’avais affaire à une chasse d’eau, si bien que pendant cette année qui a suivi, j’ « oubliais » le plus souvent possible de flusher et quand je le faisais, c’était du bout des doigts avant de m’enfuir en courant.

Ma mère a fini par me demander c’était quoi mon cristie de problème tsé. Quand je lui ai expliqué, elle m’a dit de ne pas m’en faire, que ça prenait beaucoup de papier pour que ça déborde et que de toute façon, ça faisait un drôle de bruit juste avant.

Pendant les mois qui ont suivi, donc, j’y allais au son. Je sais pas c’était quoi ton opinion là-dessus toi, mais moi je trouvais les toilettes publiques en général pas mal bruyantes au moment de la flush et ça ressemblait pas mal à l’idée que je me faisais du bruit bizarre que pourrait faire une toilette juste avant de se transformer en volcan.

Ma relation avec les toilettes publiques est restée tendue pendant une couple d’années, mais j’ai réussi à me dompter. J’ai même été témoin de débordements de toilettes et ça s’est quand même bien passé.

Je disais donc qu’hier, j’ai été faire un petit pipi au centre commercial. Les toilettes étaient différentes de la dernière fois où j’y étais allée. Le bruit de la flush aussi. Un petit peu plus sonore, mettons.

Cette histoire que je viens de raconter était morte et enterrée dans ma mémoire jusque là. Jusqu’à ce que je flush et que je me demande c’était quoi ce petit inconfort en dedans.

Parce que moi je peux partir sur un nowhere sans inquiétude, me perdre la nuit en pleine forêt sans broncher ou faire de l’escalade en ayant le vertige.

Mais reste que je m’appelle Alexandra, j’ai 20 ans, et j’aime pas les toilettes bruyantes.